Chasse

Spécificité de la chasse en Corse

Les Spécificités de la Chasse en Corse

La chasse en Corse n’est pas qu’une simple activité de loisir : c’est une véritable tradition ancestrale, profondément ancrée dans l’identité insulaire. Entre maquis dense, reliefs escarpés et réglementation particulière, la chasse sur l’Île de Beauté présente des caractéristiques uniques qui en font une pratique à part dans le paysage cynégétique français.

Un terrain de jeu exceptionnel mais exigeant

Le relief corse impose aux chasseurs et à leurs chiens des conditions physiques particulièrement éprouvantes. Le maquis, cette végétation dense et parfumée composée d’arbousiers, de lentisques et de cistes, constitue un terrain de chasse aussi magnifique que difficile. Les dénivelés importants, parfois de plusieurs centaines de mètres en quelques kilomètres, demandent une condition physique irréprochable tant pour le chasseur que pour ses auxiliaires canins.

Les zones de chasse s’étendent des plaines littorales jusqu’aux montagnes de l’intérieur, culminant à plus de 2 700 mètres au Monte Cinto. Cette diversité d’altitude et de milieux crée une mosaïque d’habitats favorable à une faune variée, mais complique également l’organisation des battues et le travail des chiens.

Le gibier corse : une richesse particulière

La Corse abrite des populations de gibier aux caractéristiques spécifiques. Le sanglier reste sans conteste le roi de la chasse insulaire. Présent en abondance, parfois même en surpopulation dans certains secteurs, il fait l’objet d’une régulation active. Les sangliers corses, habitués au terrain accidenté, sont réputés pour leur vivacité et leur méfiance.

La bécasse des bois trouve dans les forêts corses un territoire d’hivernage privilégié. Les passages migratoires, notamment en décembre et janvier, attirent de nombreux chasseurs spécialisés. Le renard, le lièvre et le lapin de garenne complètent ce tableau cynégétique, même si leurs populations ont connu des fluctuations importantes ces dernières décennies.

Particularité notable : le cerf de Corse, sous-espèce endémique qui avait disparu et a été réintroduit, fait l’objet d’une protection stricte et n’est pas chassable, contrairement au continent.

Le Cursinu, chien de chasse emblématique

Impossible de parler de chasse en Corse sans évoquer le Cursinu, ce chien rustique et polyvalent qui accompagne les chasseurs insulaires depuis des siècles. Race autochtone reconnue officiellement, le Cursinu excelle dans la chasse au sanglier grâce à son courage, son endurance et sa parfaite adaptation au terrain corse. Sobre, résistant à la chaleur comme au froid, ce chien de taille moyenne possède un flair exceptionnel et une ténacité à toute épreuve dans le maquis dense.

Beaucoup de chasseurs corses utilisent également des chiens courants comme le Bruno du Jura, l’Ariégeois ou des bâtards bien adaptés au terrain local. Pour la chasse à la bécasse, les épagneuls bretons et les setters sont particulièrement appréciés.

Une réglementation adaptée au contexte insulaire

La réglementation de la chasse en Corse présente certaines spécificités liées au statut particulier de l’île. La collectivité de Corse dispose de compétences propres en matière de gestion cynégétique, ce qui permet d’adapter les règles aux réalités locales.

Les dates d’ouverture et de fermeture peuvent différer du continent, notamment pour la chasse au sanglier qui bénéficie souvent de périodes étendues compte tenu des populations importantes. Les modes de chasse autorisés, les quotas et les plans de gestion sont définis en tenant compte des équilibres écologiques spécifiques à l’insularité.

L’Office de l’Environnement de la Corse (OEC) joue un rôle central dans la gestion et la régulation des espèces, en collaboration avec les fédérations départementales des chasseurs de Corse-du-Sud et de Haute-Corse.

Des traditions et une culture vivaces

La chasse en Corse reste profondément liée aux traditions familiales et villageoises. Les battues au sanglier sont souvent l’occasion de rassemblements conviviaux où se perpétuent les savoir-faire ancestraux. Le partage du gibier, la préparation de recettes traditionnelles comme le civet de sanglier ou la terrine, font partie intégrante de cette culture cynégétique.

Les chasseurs corses ont développé au fil des générations une connaissance intime du territoire, des déplacements du gibier et des meilleures techniques adaptées à chaque secteur. Cette transmission orale et pratique constitue un patrimoine immatériel précieux.

Enjeux contemporains et défis

La chasse en Corse fait aujourd’hui face à plusieurs défis. La gestion des populations de sangliers, parfois responsables de dégâts agricoles importants, nécessite une régulation équilibrée. La cohabitation avec les autres usagers de la nature (randonneurs, vététistes) impose une organisation rigoureuse et une communication accrue.

Les questions de sécurité, particulièrement sensibles dans un terrain accidenté où la visibilité peut être réduite, font l’objet d’une attention constante. La formation des chasseurs et le respect strict des règles de sécurité sont essentiels pour préserver cette pratique.

Enfin, comme partout ailleurs, le renouvellement des générations de chasseurs constitue un enjeu majeur pour pérenniser cette tradition et maintenir l’équilibre entre faune sauvage et activités humaines.

Conclusion

La chasse en Corse demeure une activité singulière, façonnée par un territoire exceptionnel, une faune spécifique et des traditions profondément enracinées. Entre respect des équilibres naturels, passion pour les chiens de chasse et attachement aux valeurs de partage et de convivialité, elle incarne une part importante de l’âme corse. Pour les chasseurs comme pour leurs fidèles compagnons canins, le maquis corse reste un terrain d’exception qui exige préparation, endurance et un profond respect de la nature insulaire.

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